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Le musée secret du Lorrain Jean Lurçat

Caché en Allemagne dans une ancienne école, le petit musée tout près de la frontière est consacré uniquement au maître de la tapisserie lorrain. Aujourd’hui, il est un peu oublié mais toujours visitable.

Eppelborn est une petite ville de 15000 habitants tout ce qu’il y a d’anonyme, pas très loin de Sarrebruck et donc de la frontière française, côté Lorraine.

Il faut bien suivre les discrètes pancartes pour savoir que la cité abrite un musée tout aussi anonyme que le lieu. Il est installé dans une ancienne école de filles tout près du cimetière. Lorsque l’on arrive on a le net sentiment de s’être trompé de lieu, mais non c’est bien ici que dort ce petit trésor de Jean Lurçat.

L’immense tapisserie de 14 mètres de long, mise en dépôt par une entreprise locale. Photo Philippe SAUTER

On passe, alors, un petit couloir et l’on tombe sur un festival de couleurs explosives typiques de l’artiste Jean Lurçat. Né dans les Vosges, à Bruyères, il suit des études à Epinal, travaille un temps chez Jean Prouvé à Nancy, avant de prendre son envol artistique. Et quel vol !

Star du XXe siècle

Lurçat peintre, joue avec les codes surréaliste et crée des toiles encore aujourd’hui sous-estimées. Mais c’est surtout par la tapisserie dont il sera le révolutionnaire en chef qu’il est justement connu. Il fait rentrer un art encore marqué par le Moyen-Age et la Renaissance dans un vingtième siècle explosif. Lurçat devient une star de la vie artistique de la seconde moitié du XXe siècle, avant d’être un peu oublié et aujourd’hui totalement redécouvert.

L’histoire de ce petit musée allemand consacré à un artiste lorrain est peu commune. Deux religieux de Sarre, un pasteur et un vicaire, font une balade, dans les années 90, en France. Le hasard fait qu’ils découvrent Jean Lurçat lors d’une exposition à Angers pour le centenaire de la naissance de l’artiste.
Une véritable révélation pour les deux hommes, Matthias Marx et Paul Ludwig, qui n’avaient jamais entendu parler de Lurçat.

C’est paradoxalement, la mort de l’un des deux, Paul Ludwig, en 1998, qui rend le projet fou d’un musée possible. L’argent de l’héritage et de la fondation créée pour l’occasion permet de faire des acquisitions. La collection compte aujourd’hui 400 pièces de toutes sortes.

Lurçat peintre, surréaliste… Photo Philippe SAUTER

Céramiques, toiles, dessins, aquarelles et bien sûr tapisseries spectaculaires. La plus incroyable, « Eloge », fait 14 mètres de long ! Elle n’appartient pas aux collections du musée mais fait l’objet d’un dépôt de la part d’une entreprise de la région qui la possédait mais ne savait plus où placer la magnifique mais aussi encombrante création !

Jean Lurçat parmi les Lurçat !

L’objet le plus étonnant n’est pas de Lurçat mais d’un artiste sarrois, Sébo Kaps qui a réalisé un Jean Lurçat, grandeur nature, assis au milieu de la galerie. Plus d »un visiteur a cru à un authentique gardien de musée. Reconstituer Jean Lurçat grandeur nature au milieu de ses oeuvres. L’hommage est étonnant et réussi.

Reste que la collection, après la disparition de ses fondateurs, semble un peu oubliée dans sa petite école de la Sarre. Pourquoi ne pas organiser une exposition temporaire, voire des dépôts, en Lorraine, terre de Jean Lurçat. D’autant que le sous-sol du Musée des beaux-arts de Nancy présente une superbe tapisserie géante de Lurçat souvent visitée et commentée. Les grands lieux Lurçat ne se trouvent pas en Lorraine mais à Angers, Saint-Ceré et Aubusson.

  • Musée Jean-Lurçat, auf des Hohl, 66571 Eppelborn, Allemagne. Ouvert les mercredi et dimanche après-midi, de 14 h 30 à 18 h. Visites guidées possibles en contactant la mairie (49) 68819690.

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