Le Musée de La Chaux-de-Fonds, en Suisse, possède un très étonnant tableau. Un Van Gogh rigolo et chevelu ! » La fillette aux cheveux ébouriffés » raconte un moment d’amusement de l’homme à l’oreille coupée. Franchement rare.
Je ne connais pas les quelques deux mille œuvres de Van Gogh par cœur mais je reconnais n’en avoir jamais vu un comme celui de La Chaux-de-Fonds.
C’est une petite toile accrochée parmi d’autres dans le beau musée des beaux-arts de la ville du canton de Neuchâtel.
C’est un Van Gogh rigolo ! Le seul que je connaisse dans cette catégorie riante chez Vincent pas vraiment connu pour être un comique de foire. Son nom : » Fillette aux cheveux ébouriffés « . C’est, en effet, une histoire de cheveux, de gamine des rues d’Arles sur lequel Vincent a posé, par hasard, son regard un jour de l’été 1888.
Pas la peine d’en dire plus, Van Gogh raconte lui même cette rencontre dans une lettre : » « J’ai commencé à dessiner sur le papier la tête de la fillette malpropre que j’ai aperçue cet après-midi alors que je peignais une vue sur la rivière avec un ciel jaune verdâtre. Cette gamine des rues, j’avais trouvé qu’elle avait vaguement un air de personnage florentin, une de ces têtes des tableaux de Monticelli. » Pour info, Monticelli était un peintre marseillais du XIXe siècle.

La lettre au peintre John Peter Russel est même accompagnée d’un rapide dessin qui annonce le tableau à venir. Ce modèle de Vincent ressemble peut-être à un Monticelli, elle a aussi quelque chose de Fifi Brindacier, une gamine qui passe, » une fillette malpropre » immortalisée par l’un des plus grands peintres de son temps. Je l’imagine poser, vite fait et impatiente, devant ce drôle de Hollandais un peu fou. Deux libertés qui se rencontrent…

Le tableau se trouve à La Chaux-de-Fonds grâce à un formidable cadeau. En 1986 près d’un siècle après la création de ce portrait, René et Madeleine Junod, un coupe de grands collectionneurs de La Chaux-de-Fonds faisaient au musée un exceptionnelle donation d’une trentaine de tableaux dont un Matisse, un Gauguin, un Modigliani, un Renoir et notre fillette de Van Gogh. Une partie de cette collection est aujourd’hui accrochée au musée.
Des œuvres à poil
Ce Van Gogh très chevelu n’est pas le seul dans les collection de la Chaux à se présenter à poil. Il faut s’attarder devant ce » nu à l’écharpe verte » un superbe Vallotton (pléonasme) où le modèle joue de l’aisselle naturelle.

On reste dans le poil et le plus célèbre de l’histoire de la peinture. L’artiste Agnès Thurnauer a joué avec » l’origine du monde » de Courbet. Un jeu qui consiste à féminiser un ensemble de grands peintres, tous des hommes : Jackson Pollock devient Jacqueline Pollock; Henri Matisse s’appelle Henriette… C’est drôle et aussi poilu que l’original…

Poilu toujours, et pubien, mais en fait très pudique, cette composition allégorique d’Aimé Barraud où un petit globe blanc abrite judicieusement les parties intimes du modèle central. Plus direct et toujours poilus, et toujours de Barraud » Les musiciens ou Les quatre frères Barraud » (charmant tableau de famille) où plus rien n’est caché bien que pudiquement rapetissi. Aimé Barraud, encore un peintre suisse complètement sous-estimé ailleurs que dans son pays.

Ce musée de 100 ans
Un petit mot final sur le musée de La Chaux-de-Fonds, il faut regarder attentivement le bâtiment par dedans et par dehors. Au moment où l’on fête le centenaire de l’Art Déco, le musée, 100 ans en 2026, est un très joli exemple de ce qui pouvait se faire de mieux dans le genre. Les formes et volumes du bâtiment et aussi les détails méritent plus qu’un coup d’œil avec ses mosaïques et ses escaliers massifs. Le bâtiment était destiné, dès sa construction, à devenir un musée, il en est le premier chef d’œuvre.

- Musée des beaux-arts de La Chaux-de-Fonds, rue des musées (le prestigieux musée de l’horlogerie est juste à côté). Ouvert tous les jours sauf le lundi.
