Aller au contenu
Accueil » Vic-sur-Seille : visite dans le village de Georges de La Tour

Vic-sur-Seille : visite dans le village de Georges de La Tour

Consacré, une fois de plus, par la grande rétrospective de Paris, Georges de La Tour est un gars de Vic -sur-Seille, au coeur de la Lorraine. Le musée La Tour de Vic, vaut le détour et le magnifique village qui l’entoure raconte l’univers du peintre de la lumière.

La maison de Georges de La Tour est vendre ! Au coeur de Vic-sur-Seille la bâtisse, il est vrai très ancienne, borde la Seille. Pour ceux qui ont envie de s’installer dans les murs de Georges, quelques précisions néanmoins.

La maison est proche de l’état de ruine et, surtout, rien ne permet d’afirmer que cette vielle demeure fut celle de Georges de La Tour au XVIIe siècle.

Geaorges de La Tour a-t-il vécu dans cette maison de Vic ? Rien n’est moins sûr… Photo Philippe SAUTER

 » Ca relève plus de la tradition populaire que de la réalité historique, » m’explique-t-on au musée. La maison de Georges reste néanmoins notée sur certaines brochures touristiques. Les légendes ne s’envolent pas si facilement…

Pas grave, pendant que Georges de La Tour triomphait, une nouvelle fois, lors de la dernière rétrospective à Paris, j’ai rendu une petite visite à son village natal, disons plutôt un gros bourg, à Vic-sur-Seille, en plein coeur de la Lorraine, juste entre Metz et Nancy.

Vic-sur-Seille, un village lorrain pas tout à fait comme les autres. Photo Philippe SAUTER

Avec ou sans Georges, Vic est magnifique. Une cité qui fut riche et qui montre encore de nombreux signes de gloire passée, celle apportée par le sel mais aussi l’installation au Moyen Age des évêques de Metz à la fois menacés par les bourgeois de Metz et les Ducs de Lorraine à Nancy. La concurrence entre les deux villes est une très vieille histoire… Les restes du château très fortifié des évêques en est la preuve.

Il ne faut absolument pas rater le magnifique hôtel des monnaies entre gothique et Renaissance , avec ses sculptures entre grotesque et distingué ni la très vieille église Saint Marien où a été baptisé Georges de La Tour.

Le magnifique hôtel de la monnaie. Photo Philippe SAUTER

Il faut surtout se promener au hasard dans les vieilles rues de Vic et y découvrir des petits trésors, maisons sans âge, Sainte Vierge endormie dans un mur…

Il est temps de parler de la superstar de la cité. Ici, Georges de La Tour est partout. Comme un rattrapage de siècles d’oubli du grand peintre.

La consécration de Saint Jean-Baptiste

L’essentiel, bien sûr, c’est le musée Georges de La Tour en plein milieu de la place principale. Il y a une vingtaine d’années, le Département de la Moselle, investissait dans ce musée sorti de nulle part autour d’un seul et unique tableau : le  » Saint Jean Baptiste dans le désert « , un tableau attribué à Georges de La Tour, dont la date estimée est 1651, soit une année seulement avant la mort du peintre. Un chef d’oeuvre d’une grande spiritualité, le saint quasiment nu, solitaire retranché sur ses propres états d’âme. L’esprit du maître de Vic, juste après la fin de la guerre de Trente ans qui a totalement ravagé sa Lorraine .

Saint Jean-Baptiste dans le Désert, tout un musée s’est construit autour de ce tableau. Photo Philippe SAUTER

Au début des années 90, le tableau avait été repéré dans une simple vente de semaine à l’hôtel Drouot à Paris. Il fut reconnu comme un La Tour par le grand Jacques Thuillier, spécialiste de la peinture française du XVIIe siècle. J’avais eu la chance de l’interviewer à cette époque autour de cette découverte toujours extraordinaire d’un nouveau tableau de La Tour, une quarantaine seulement sont aujourd’hui officiellement attribuées au maître de Vic.

A ma question qui était de savoir qu’est ce qui lui permettait d’affirmer que ce tableau sorti de nulle part était bien un La Tour, il m’avait répondu par une autre question  » trouvez vous que ce tableau est très beau ? « .  » L’oeil  » avait parlé. Pourtant, quelques mois plus tard, à ma grande surprise, Paulette Choné, une autre experte, cette fois lorraine, de la Tour, remettait en cause les propos du maître en considérant que rien ne permettait d’affirmer que le tableau, bien sûr non signé, était bien de la main de Georges de La Tour.

Une très bonne affaire pour le Département

Des déclarations qui ne manquaient de soulever du vent de panique dans les couloirs du Conseil Départemental de Moselle qui venait d’en faire l’acquisition, grâce à une préemption de l’Etat, lors d’une vente spectaculaire organisée par Sotheby’s à Monte-Carlo. Le tableau avait coûté 11,1 Millions de Francs en 1994. Face à l’inévitable polémique autour de l’utilisation de l’argent public départemental, Jacques Thuillier avait eu cette autre réponse frappante.

 » C’est simplement le prix d’un rond-point…  » Pas sûr que le rond-point en question aurait pris une telle valeur avec le temps, on peut, en effet, estimer aujourd’hui que si Saint Jean-Baptiste repassait en vente aujourd’hui, le tableau pourrait flirter avec les 100 millions d’euros. La Moselle a donc fait une très bonne affaire…

Les expertises plus scientifiques et techniques ont permis de confirmer, avec le temps, les premiers avis de Jacques Thuillier et d’autres spécialistes. Le fait que ce Saint Jean-Baptiste ait été choisi pour la grande rétrospective 2025-2026 de Jacquemart-André à Paris constitue une sorte de consécration finale pour le tableau de Vic.

Un autre maître français du XVIIe siècle présent dans le musée, Simon Vouet. Photo Philippe SAUTER

Le Département de Moselle a mené à bien la construction et la conception de ce musée Georges de La Tour à Vic-sur-Seille tout entier organisé autour de son chef d’oeuvre. Plus de trente ans après cette aventure artistique, je suis allé rendre visite, en plein hiver, à ce musée à la campagne. Je n’étais pas très convaincu, à l’origine, par ce musée isolant une toile de La Tour loin d’autres chefs d’oeuvre qui pourraient le voisiner dans d’autres grands musées. Mais la visite casse cet à priori . On y découvre une très jolie collection de peintures XVIIe dont certaines directement liées à La Tour et un hommage bien mérité à Jacques Thuillier aujourd’hui disparu qui fit donation d’une partie de sa collection personnelle au musée de Vic. Le tout est servi par une architecture à la fois moderne et respectueuse des lieux et d’une scénographie qui tombe pile-poil.

Le musée Geaorges de La Tour, une réussite architecturale qui vieillit bien dans la village. Photo Philippe SAUTER

Oui, très certainement, une visite à Vic-sur-Seille mérite d’être programmée. Même si l’on ne souhaite pas acheter la vraie-fausse maison de Georges de La Tour.

Philippe SAUTER

_ Musée Georges de La Tour à Vic-sur-Seille (Moselle). Ouvert tous les jours sauf le lundi. Attention le musée est fermé au public durant une partie de l’hiver de la mi-décembre au début du mois de février.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *