Mulhouse, ce n’est pas Colmar ou Strasbourg, on n’est pas dans le pittoresque alsacien. Mais la ville regorge de lieux étonnants. Petite balade d’une journée en dix étapes parfois surprenantes.
Etape 1 : Le belvédère du Rebberg
Le belvédère du Rebberg est un endroit original et finalement bien pratique pour commencer la petite balade urbaine. Première raison sympa, le parking situé au pied de l’observatoire est souvent libre et toujours gratuit.

Une fois stationné, on prend les escaliers et l’on monte en haut de cette tour d’acier qui ressemble à un vieux puits de mine. C’était plutôt un poste d’observatoire créée en 1898 pour l’artillerie. La vieille dame a été restaurée en 2022, et l’observatoire s’est fait belvédère. Il est haut de 20 mètres posés sur une hauteur de la ville à 333 mètres. Assez pour avoir une belle vue sur la ville que l’on va explorer. Et par beau temps, sur le massif vosgien. On descend de sa tour et il est temps de marcher pour atteindre la ville, ce ne sera pas très long.
Etape 2 : Exploration du Rebberg, quartier riche et passionnant
Il y a quelques années, le Rebberg a été classé parmi les quartiers les plus riches de France. Les grosses bâtisses souvent remarquables racontent cette prospérité de près de deux siècles.
Ici, les premières grosses fortunes de la révolution industrielle mulhousienne ont construit. Ce sont parfois leurs descendants qui habitent toujours les lieux.
Il faut se faufiler dans les voies secrètes répondant parfois à des noms pleins de poésie comme la » rue du chant des oiseaux « . On y découvrira de multiples coins secrets abritant des demeures parfois somptueuses.
Côté archi, il y a du français, du germanique, du régional, pour des bâtisses datant souvent du XIXe siècle. Mais le Rebberg, c’est aussi un remarquable musée d’architecture du XXe siècle jusqu’au villas très contemporaines que l’on pourra découvrir cachées derrière une haie, sans déranger bien sûr les heureux propriétaires.

Ne soyez pas étonnés d’entendre des cris de fauves ou l’appel de l’otarie en rut, nous sommes au bord du grand parc zoologique du Rebberg qui vaut, à lui seul une visite au moins d’une demie journée. On n’a pas le temps et l’on plonge vers la ville. Il faut, pour cela, traverser la gare de Mulhouse.
Etape 3 : L’étonnant Bâtiment annulaire
Peu de temps après la gare, en se dirigeant vers le centre-ville, on tombe sur l’étonnant Bâtiment annulaire. Comme son nom l’indique, c’est un bâtiment de logement rond, l’un des plus marquants en France, dans cette catégorie, avec la Maison de la Radio à Paris.
Rapide voyage vers le passé. En 1944, le secteur de la gare de Mulhouse se fait sérieusement tapisser de bombes par l’aviation alliée.
Sur cette table rase en pleine ville, l’architecte Pierre-Jean Guth construit, au début des années cinquante, ce nouveau petit quartier et son immeuble rond avenue Auguste Wicky. L’ensemble a longtemps été considéré un peu voire très moche. Il a pris une toute autre valeur avec le temps, à l’image du Havre d’Auguste Perret classé à l’Unesco. Le bâtiment rond de Mulhouse est, lui, classé à l’Inventaire des Monuments Historiques et mérite le détour.

Etape 4 : La rue des frites
On continue à piquer vers le centre-ville et l’on découvre l’étonnante rue Wilson. On est plus ici à Bruxelles qu’à Mulhouse, la rue est petite mais contient pas moins de quatre friteries !
Si l’on veut déjeuner ou simplement s’offrir une petite portion de frites en chemin, ce n’est vraiment pas cher.
Prenons, par exemple, la Friterie Mondiale. Ici la portion de frites, à table, est à 3 euros ! Le reste de la riche carte, entre Alsace et Asie, est dans la même logique de petits prix. On peut manger ici des plats à 6 euros, comme la saucisse blanche ou l’omelette aux champignons, garnis de frites ou à 7 euros, s’il s’agit d’autres garnitures. Le quart de rouge ou de rosé est à 4 euros et le très alsacien Amer bière à 3,50 €.
Bien sûr, les petites friteries de la rue Wilson sont assez fréquentées et l’ambiance, souvent, n’est pas triste.

Etape 5 : L’inévitable place de la Réunion
C’est le cœur de la ville et il est difficile d’éviter la place de la Réunion si l’on se promène à Mulhouse. Rien à voir avec l’île de l’Océan Indien. Cette Réunion là est celle qui a vu Mulhouse se rattacher à la France à la fin de la Révolution française en 1798.
Il faut bien sûr regarder les façades peintes anciennes qui entourent la place, et bien sûr le spectaculaire ancien hôtel de ville. Le hallebardier en statue rappelle les villes de la Suisse très voisine qui aurait pu, elle aussi, accueillir Mulhouse en son sein.
Ceux qui n’ont pas hésité, ce sont les calvinistes qui en 1523 virent les catholiques de leur église pour en faire l’immense temple Saint-Etienne, point central de la place, et son clocher le plus haut du monde réformé en France.
La place de la Réunion accueille sauf les dimanches et lundis, un marché, et un marché de Noël en décembre.
Si l’on veut pousser un peu pour faire ses courses, il faut visiter le très actif marché du Canal Couvert, pas loin de là, parfait représentant des gourmandises alsaciennes et mondiales (ouvert mardi, jeudi et samedi de 6 h à 17 h).

Etape 6 : Chez Hug, le roi du tartare
Un restaurant à l’étage, la pratique semble se faire de plus en plus rare. C’est pourtant le cas de Hug, dans la très centrale rue du Sauvage, qui ne s’atteint qu’en prenant les escaliers. En haut, le décor est un peu suranné, façon buffet de la gare des années 70. C’est ce qui fait tout son charme.
Depuis plusieurs décennies, Hug propose sa spécialité : les steaks tartare. On a le choix ici entre une vingtaine de versions. Pour ma part, j’ai succombé au charme US en choisissant l’Américain avec sauce barbecue, oignons frits et cornichons.
Une des serveuses, revient peu de temps après la commande avec une cuillère pour me faire goûter un petit extrait du mélange pour voir si cela convient. On goûte, on approuve, ou l’on demande une petite rectification c’est fait pour. En plus, le service est pro et sympa. La plupart des tartares sont à 22,40 € mais les très affamés peuvent choisir le Gargamel et ses 300 g de viande à 32,90 €
Pour les ennemis de la viande crue, il y a aussi une belle collection de cocottes, des plats alsaciens ou des salades.

Essayez de trouver une place le long de la baie vitrée pour profiter de l’animation de la rue du Sauvage tout en dégustant son tartare. Dernier avantage, Hug est un nocturne. Du jeudi au vendredi, il est ouvert jusqu’à 1 heure du matin.
Un petit tuyau en passant, on peut prendre, juste en face du restaurant, un café, à » Un monde de cafés » où l’on pourra choisir dans la boutique les cafés du monde entier proposés.
- Hug, 11 rue du Sauvage. Tel : 03 89 45 33 86.

Etape 7 : Le Musée d’Impression sur étoffes, ou ce qu’il en reste…
Mulhouse est la ville des musées. Bien sûr, le Musée Schlumpf et son extraordinaire collection d’automobiles est le plus célèbre. Mais restons piétons au centre-ville.
Celui à ne pas rater est le Musée d’Impression sur étoffes. Il raconte l’extraordinaire aventure industrielle de la ville capitale textile dès le XIXe siècle.
Depuis longtemps, les grands couturiers viennent se fournir en idées dans cette banque énorme de textiles de tous les types et d’un étonnant modernisme quand certains, frôlent les 200 ans.
Le musée sort d’un véritable traumatisme qui a vu un conservateur taper dans le trésor pour revendre à leur compte, sur EBay, des pièces exceptionnelles avant d’être arrêté et condamné. Le dommage est estimé à plusieurs millions d’euros, le nombre de pièces volées à plusieurs milliers. Et de nombreuses pièces vendues ne seront jamais retrouvées. L’Etat, qui a clairement des choses à se reprocher en matière de surveillance de ses collections et des responsables des musées, a pu récupérer une petite partie du trésor volé dont une superbe collection de carrés Hermès qui sont exposés jusqu’au 30 novembre 2025.
A la sortie (ou à l’entrée, si l’on ne veut pas visiter), il y a une très riche boutique de musée qui propose des textiles fabriqués ici ou dans la région. On peut se faire couper au mètre une nappe par une employée du musée.


- Musée d’impression sur étoffes : 14 rue Jean-Jaques Henner, ouvert du mercredi au dimanche de 10 h à 18 h. Plein tarif : 10 €. Gratuit jusqu’à 12 ans. Tel : 03 89 46 83 00.
Etape 8 : Les Artisans du son, un magasin ? Non, une institution !
Conseiller un magasin de hi-fi dans une promenade touristique, c’est un peu inattendu, pourtant les Artisans du son méritent le détour. Je ne connais pas une ville du Grand Est, et au-delà, qui dispose d’un magasin comme cela dans ses murs.
Les Artisans filent gentiment vers leur demi-siècle d’existence. C’est un électronicien, Robert Rapp qui a fondé la maison. Ses fils et d’autres experts ont pris le relais et n’ont jamais coupé le son.
C’est une maison située dans la vieille rue de l’Arsenal. Elle est remplie de trésors pour les amateurs de son et d’image. De l’ampli à 100.000 € à des produits aux pris beaucoup plus sages. Il faut, par exemple monter au dernier étage pour découvrir les amplis platines ou enceintes vintage et d’occasion.
La maison des Artisans est une suite de salons où des meubles ou objets anciens voisinent avec la hi-fi haut-de-gamme. A chaque fois une ambiance proposée dans ce labyrinthe organisé sur six niveaux. Et puis, si vous n’y connaissez rien ou pas grand chose, vous serez toujours éclairé par le personnel, des experts passionnés du son. Oui, vraiment, à visiter, même si on ne part pas avec un ampli à 100.000 € sous le bras !
- Les Artisans du son, 44 rue de l’Arsenal, 68100 Mulhouse. Tel : 09 89 46 43 75. Ouvert lundi après-midi, et du mardi au samedi.


Etape 9 : Prendre un chocolat à l’Hôtel du Parc
L’Hôtel du Parc, c’est grand hôtel historique de Mulhouse. Le lieu raconte, à lui seul, le vingtième siècle de Mulhouse. Ouvert en 1926, l’hôtel va bientôt fêter ses cent ans. Il est né de la puissance des familles d’industriels de la ville qui veulent leur petit Negresco.
Il connaîtra les riches heures des années folles. En 1971, il est racheté par les frères Schlumpf qui n’investissent pas que dans les Bugatti. Malheureusement, l’Hôtel du Parc coule, quelques années plus tard, avec l’empire Schlumpf. Il ne rouvrira qu’en 1988 après avoir frôlé une fermeture définitive.
Le vieux palace a encore de la personnalité, il ne faut pas rater le bas-relief d’époque qui domine la réception avec ses tacots de luxe et ses palmiers, à l’extérieur, jetez un coup d’œil aux anges grassouillets au dessus de la grande porte de réception. Chose, peu connue, on peut, à partir de 17 heures, prendre le thé, un chcolat chaud ou un cocktail dans les salons de l’hôtel. On peut même, le matin, venir prendre un petit déjeuner sans résider à l’hôtel. Il suffit juste de se présenter à la réception. Le prix des chambres va de 115 € à 320 € la nuit pour la suite présidentielle.
- Hôtel du Parc, 26 rue de la Sinne à Mulhouse. Tel : 03 89 66 12 22



Etape 10 : Dîner ? Dormir ?
La journée se termine, si vous décidez de rester à Mulhouse. Deux choix pour le dîner et la nuit. Pour dîner, il y a Il Cortile, dans le vieux Mulhouse. La maison qui abrite le restaurant a environ cinq siècles.
Il s’agit de l’un des rares restaurant spécialisés dans la gastronomie italienne disposant d’une étoile Michelin. Le midi, on propose un déjeuner à 45 €. Le soir c’est un peu plus douloureux mais toujours dans la gamme honnête d’un restaurant de ce niveau. L’été, il ne faut pas rater la terrasse en arrière-cour. Peut-être la plus charmante de Mulhouse. Pour ceux qui veulent se consacrer aux spécialités du Sud Alsace, il y a Zum Sauwadala qui est dans le même quartier. Peut-être un peu lourd avant de se coucher…
Pour dormir, le bon compromis est l’Hôtel de la Bourse qui a l’avantage d’être situé tout près du Musée d’impression sur étoffes au centre-ville. Un hôtel historique qui raconte l’aventure industrielle de Mulhouse. Regardez sur la façade les fresques représentant les grandes usines et filatures de l’époque, aux cheminées fumantes symboles de prospérité.
C’est un 3 étoiles, les tarifs vont de 65 € à 350 €. On peut aussi monter en gamme en dormant à l’Hôtel du Parc. 4 étoiles de 125 € à 360 € la nuit.

Et si l’on veut aller plus loin
Bien sûr, le plus célèbre musée de Mulhouse est le Musée Schlumpf, un peu à l’écart du centre-ville. Les deux frères à l’origine d’un empire textile puissant à Mulhouse sont aussi à l’origine d’une extraordinaire collection de voitures anciennes dont les célèbres Bugatti, elles aussi fabriquées en Alsace. C’est tout simplement l’un des plus prestigieux musées automobiles au monde.
Il y a aussi l’Ecomusée d’Alsace, à Ungersheim, à 18 km au Nord de Mulhouse. C’est le plus grand musée en plein air de France. On y a reconstitué ici dans l’ancien site des mines de potasse, une petite Alsace ancienne et traditionnelle composée, entre autres, de maisons anciennes démontées et reconstruite sur le site
- Musée national de l’automobile, 17 rue de la Mertzbau à Mulhouse. Entrée, plein tarif : 18 €.
- Ecomusée d’Alsace à Ungersheim. Entrée, plein tarif : 16,50 €.
Les deux sites dont on attend (impatiemment) la réouverture
Pas la peine de toquer à la porte, c’est fermé… temporairement. A Mulhouse, on attend impatiemment la réouverture du restaurant panoramique de la Tour de l’Europe.
Ce building datant de 1973, marquait la domination de Mulhouse sur la plaine d’Alsace, avec cette tour de 100 m de haut, la plus haute de la région.
La cerise en haut du gâteau, c’était, ce restaurant panoramique et tournant, permettant aux convives d’apprécier une vue exceptionnelle sur l’Alsace et les Vosges en même temps que les plats.
Après pas mal de difficultés, le restaurant est aujourd’hui fermé. La Ville a monté un projet de relance des lieux. La réouverture est prévue fin 2025 et le restaurant tournera de nouveau !
L’autre réouverture attendue, c’est celle de l’étonnant musée du papier peint de Rixheim. Situé dans l’ancienne manufacture Zuber qui continue, aujourd’hui encore, à produire. Le musée subit actuellement une importante campagne de travaux, la réouverture est prévue pour 2026.

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